Nintendo Game Boy – fotografieNintendo · 1989

Consoles portables

Nintendo Game Boy

Nintendo Année 1989 147 jeux 40 avec commentaire

Histoire & contexte

Lorsque Nintendo lança la Game Boy en 1989, peu de gens se doutaient que cette console portable à l'écran monochrome verdâtre allait survivre des années à des rivales pourtant techniquement plus avancées. L'appareil fut conçu par Gunpei Yokoi selon sa célèbre philosophie de la « pensée latérale avec des technologies éprouvées » — plutôt que les composants les plus récents et les plus chers, il misa sur des pièces bon marché, éprouvées et fiables. Le résultat fut paradoxalement parfait : avec la Game Boy Color qui suivit, plus de 118 millions d'exemplaires furent vendus, faisant de la Game Boy la console portable la plus vendue de son époque.

Le secret de sa réussite tenait à trois facteurs. L'autonomie — la Game Boy fonctionnait facilement quinze heures ou plus sur quatre piles AA, tandis que ses rivales couleur comme l'Atari Lynx ou la Sega Game Gear les dévoraient en quelques heures. Un prix bas. Et surtout le logiciel : le Tetris fourni était si addictif qu'il vendait la console à lui seul, et quelques années plus tard arriva Pokémon, qui offrit une seconde vie à la Game Boy à une époque où elle était pourtant techniquement dépassée depuis longtemps.

La Game Boy originale de 1989
La Game Boy originale de 1989
### Aspects techniques : graphismes et son

Le cœur de la Game Boy est le processeur 8 bits Sharp LR35902, un hybride entre l'Intel 8080 et le Zilog Z80, cadencé à environ 4,19 MHz. L'écran affiche une résolution de 160 × 144 pixels et seulement quatre teintes — on parle souvent de « niveaux de gris », mais il s'agissait en réalité de différentes nuances de vert dues au type de LCD utilisé. Le modèle original n'avait aucun rétroéclairage, il fallait donc une lumière ambiante correcte pour jouer (ou la fameuse lampe additionnelle).

Le matériel graphique gérait des sprites matériels (jusqu'à 40 simultanément, 10 maximum par ligne) et un défilement fluide de l'arrière-plan, ce qui faisait de la Game Boy une plateforme solide pour les jeux de plateforme comme pour l'action. Côté son, elle proposait quatre canaux : deux canaux d'impulsions (onde carrée) avec balayage de fréquence, un canal d'onde avec table programmable et un canal de bruit pour les percussions et les effets. C'est précisément ce modeste ensemble sonore qui a donné naissance au son chiptune si reconnaissable, qui vit aujourd'hui sa propre vie dans la musique électronique moderne.

Cartouche de jeu pour Game Boy
Cartouche de jeu pour Game Boy
### Connectivité et périphériques

Sur le côté de la console se trouve le câble Link, qui relie deux Game Boy via un port série. Cela permettait non seulement le multijoueur (les légendaires duels de Tetris), mais aussi l'échange de Pokémon, sans lequel il était impossible de compléter la collection. Il existait même un adaptateur quatre joueurs pour certains titres.

Parmi les périphériques figuraient la Game Boy Camera (l'une des premières caméras numériques grand public disponibles) et l'imprimante Game Boy Printer à papier thermique. On trouvait aussi des vibrations et des capteurs d'inclinaison intégrés directement dans certaines cartouches (par exemple Kirby Tilt 'n' Tumble). La sauvegarde des parties était assurée par une pile directement dans le module de jeu, qui alimentait la mémoire SRAM — c'est pourquoi, sur les vieilles cartouches, les sauvegardes disparaissent aujourd'hui dès que la pile bouton rend l'âme.

La Game Boy Pocket de 1996
La Game Boy Pocket de 1996
### Modèles et révisions

La DMG-01 originale de 1989 était volumineuse et en forme de brique. En 1996 arriva la Game Boy Pocket, nettement plus petite et plus légère, avec un écran noir et blanc plus net (et une pile bouton en plus des quatre piles AA). Peu après suivit la Game Boy Light — réservée au marché japonais, avec un écran rétroéclairé.

Le modèle charnière fut la Game Boy Color (1998) : elle conserva la compatibilité descendante avec les anciens jeux, mais ajouta un écran couleur et un processeur plus rapide. La lignée s'acheva avec la Game Boy Advance (2001) et son cœur 32 bits, qui pouvait elle aussi lancer les titres GB et GBC d'origine — l'ère de la console portable 8 bits passa ainsi en douceur à la génération suivante.

Clones et variantes

La Game Boy n'a pas été clonée aussi massivement que la NES, mais des copies non officielles existaient : en Asie circulaient toutes sortes d'imitations ainsi que des cartouches multi-jeux piratées regroupant des centaines de jeux sur une seule puce. Dans le bloc de l'Est et en Chine apparaissaient des consoles portables bon marché du type « pocket game », qui imitaient la forme et les commandes de la Game Boy, tout en fonctionnant en réalité sur un matériel totalement différent (et plus faible).

Pour le joueur tchèque et slovaque, il faut préciser que la voie légale vers Nintendo était pratiquement fermée avant 1989 — c'est pourquoi, chez nous, ce sont plutôt les clones d'ordinateurs domestiques qui se sont répandus (Didaktik, le cousin tchécoslovaque du ZX Spectrum) puis, plus tard, les famiclones du type Pegasus pour la NES 8 bits. La Game Boy n'est arrivée chez nous que dans les années 1990, principalement par importation.

La scène actuelle

L'émulation de la Game Boy est aujourd'hui triviale — elle tourne pratiquement sur n'importe quoi, du téléphone portable aux consoles rétro bon marché. Parmi les émulateurs de pointe figurent mGBA et SameBoy, qui reproduit fidèlement jusqu'au « flou » de mouvement caractéristique du LCD d'origine.

La communauté homebrew est étonnamment vivante. Des nouveautés techniquement abouties voient le jour, comme le vif Tobu Tobu Girl ou l'horreur atmosphérique Deadeus, la création de musique chiptune fleurit (logiciel LSDj), et grâce à l'outil GB Studio, même une personne sans connaissances en programmation peut aujourd'hui composer son propre jeu pour Game Boy. Certaines de ces nouveautés rivalisent d'ailleurs sans complexe avec les classiques de l'époque.

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