Shadow of the Beast
Quand cet arbre gigantesque et déformé, en arrière-plan, prenait vie sur l'écran de votre téléviseur et que la bête cornue se mettait à courir sur une plaine poussiéreuse, vous saviez que ce n'était pas un jeu de plateforme ordinaire. Shadow of the Beast était en son temps davantage une démonstration technologique qu'un jeu, et sur la console huit bits SEGA Master System, il avait une mission particulière : rappeler l'expérience visuelle légendaire qui avait d'abord ébloui les possesseurs d'Amiga.
Côté gameplay, il s'agit d'un jeu de plateforme à défilement latéral avec des éléments d'action. Vous incarnez un homme jadis enlevé et transformé en monstre au service d'un seigneur des ténèbres, qui retrouve peu à peu son humanité. Vous traversez de vastes zones interconnectées, combattez les ennemis à coups de poing et de pied, et cherchez votre chemin. Le jeu est réputé pour sa difficulté sans compromis, peu de vies, aucune pitié, et un système de combat plutôt brut que raffiné. Celui qui n'avait pas la carte en tête errait sans fin.
Le Shadow of the Beast original, sorti en 1989, a été créé par le studio britannique Reflections et édité par Psygnosis, dont le logo à la chouette est devenu le symbole d'une ambition graphique. Sur Amiga, le jeu excellait par son défilement parallaxe multicouche et sa bande originale atmosphérique de David Whittaker. Le portage vers un matériel console plus faible fut toujours un compromis, la Master System ne pouvait pas reproduire pleinement le parallaxe miraculeux à plusieurs couches de l'Amiga, si bien que cette version paraît nettement plus modeste.
Sur le plan culturel, la série Shadow of the Beast fut surtout importante par la façon dont elle a fait évoluer la perception de ce qu'un jeu vidéo pouvait montrer. Pour beaucoup de joueurs de la fin des années quatre-vingt, ce fut le premier moment où un jeu ressemblait presque à une image animée sortie d'une affiche fantastique. Psygnosis a bâti sa réputation sur cette renommée, et la société est plus tard devenue l'un des studios clés pour la PlayStation.
Aujourd'hui, on aborde surtout ce jeu comme un artefact atmosphérique de son époque. Le gameplay a mal vieilli, mais l'ambiance d'errance solitaire dans un monde bizarre et inhospitalier garde tout son charme. La série a connu des suites et un redémarrage moderne plus tardif, mais c'est le choc visuel original qui reste le plus mémorable.
Pourquoi y jouer : Si vous voulez revivre un moment de l'histoire où les graphismes suffisaient à couper le souffle, et que la difficulté rude et à l'ancienne ne vous dérange pas.
Jeu 29 sur 67 pour SEGA Master System
Le même titre ailleurs (3)
Sur Amiga en 1989, le jeu a montré tout son potentiel – défilement parallaxe fluide sur plusieurs plans, dizaines de couleurs à l'écran et bande-son atmosphérique de David Whittaker en ont fait une vitrine technique, même si le gameplay restait rigide et difficile. L'Atari ST reprenait le même concept, mais sa puce graphique plus faible limitait le nombre de plans et rendait les dégradés plus grossiers. La SEGA Master System, en 8 bits, a dû sacrifier le plus – palette et résolution réduites, parallaxe simplifiée – tout en restant un exploit remarquable pour l'époque. La version SEGA Mega Drive a tenté de se rapprocher de l'original grâce aux plans matériels, sans atteindre sa profondeur. Aujourd'hui, c'est sur Amiga que le jeu se savoure le mieux.