Sisters
Sisters est une courte expérience horrifique du studio Otherworld Interactive, qui faisait partie des premières démonstrations qu'une véritable peur pouvait être suscitée même sur Cardboard, malgré un matériel dépourvu de suivi de mouvement. Le joueur se retrouve dans le rôle d'un enfant dans une maison sombre, où il découvre progressivement les traces de deux sœurs et une présence désagréable qui hante la maison, l'ensemble de l'expérience reposant sur une montée lente de la tension plutôt que sur l'action, la violence ou la poursuite.
Le jeu utilise la navigation gaze-based et repose surtout sur le design sonore et le travail de la lumière, car la puissance de calcul limitée du téléphone ne permettait ni effets complexes ni modèles de personnages détaillés. Les moments de jump scare sont dosés avec parcimonie, ce qui leur donne plus d'efficacité, et la courte durée, généralement seulement quelques minutes, range le jeu parmi ce qu'on appelle les vignettes VR, c'est-à-dire des expériences conçues pour ne durer qu'un instant tout en restant d'autant plus longtemps en tête après avoir retiré le casque.
Sisters était souvent citée comme preuve qu'une plateforme de VR mobile limitée n'était pas forcément un obstacle pour un genre reposant sur l'atmosphère et la pression psychologique, et non sur la fidélité graphique ou des animations complexes. Dans le contexte de Cardboard, il s'agissait de l'un des titres qui exploitaient délibérément l'isolement du joueur à l'intérieur du casque, ce sentiment de ne rien voir de l'extérieur et de ne dépendre que de ce que le jeu montre et de ce qu'on entend dans les écouteurs. Même avec le recul, il reste un exemple de la manière dont on pouvait, avec un minimum de moyens et sans la moindre manette, instaurer un sentiment désagréable et oppressant de menace. Cette courte durée s'est justement révélée être un avantage, car l'horreur en casque est une expérience physiquement et psychologiquement épuisante, et de nombreux joueurs relançaient Sisters à plusieurs reprises pour la montrer à leurs amis et observer leurs réactions, ce qui en a fait l'un des rituels sociaux informels associés aux premiers casques en carton.
Pourquoi y jouer : Pour les amateurs d'horreur, à qui l'isolement dans le casque et une atmosphère sombre suffisent au lieu de la fidélité graphique – la courte durée est ici un avantage plutôt qu'un défaut.
Jeu 4 sur 12 pour Google Cardboard