Vermin
Imaginez une époque où le miracle du jeu portable tenait dans la taille d'une calculatrice de poche, s'alimentait avec une pile bouton, et parvenait pourtant à captiver pendant des récréations entières. C'est exactement dans ce monde que s'inscrit Vermin, l'un des titres de la légendaire série Game & Watch de Nintendo. Pas d'écran couleur, pas de polygones, juste un panneau LCD à segments sur lequel apparaissent et disparaissent des images prédessinées. Et pourtant, ça marchait.
Vermin repose sur une prémisse simple mais implacable. Le joueur contrôle un personnage muni d'un marteau (un jardinier défendant son potager, selon les documents d'époque) et tente de frapper de petits nuisibles qui sortent de trous dans le sol. Taupes ou vers apparaissent alternativement des deux côtés de l'écran, et il faut déplacer à temps son regard et son marteau pour les repousser avant qu'ils ne fassent des dégâts. Le principe est purement réflexe : plus vous jouez longtemps, plus les ennemis apparaissent vite, et les erreurs s'accumulent jusqu'à trois « miss ».
Game & Watch était une série de jeux électroniques de poche que Nintendo a commencé à commercialiser au début des années quatre-vingt. Elle était le fruit du travail de l'inventeur Gunpei Yokoi, qui a plus tard cocréé la Game Boy et la croix directionnelle. Les Game & Watch furent pour Nintendo un tremplin commercial bien avant l'arrivée de la fameuse Famicom, et leur mécanique simple mais astucieusement conçue a défini toute une catégorie de jeux LCD, ensuite imitée par des dizaines de fabricants.
Vermin appartient à la toute première vague des modèles de la série Silver, c'est-à-dire des appareils argentés à écran unique, dotés d'une horloge numérique et d'un réveil intégrés. Cela explique d'ailleurs le nom « Game & Watch » : en plus du jeu, l'appareil servait de véritable montre. Cette double fonction représentait une grande part du charme, car on pouvait emporter le jeu partout comme un gadget ordinaire.
L'importance culturelle de ces jeux est aujourd'hui bien visible. Les Game & Watch ont posé les bases du jeu portable, dont la Game Boy prendra le relais, et leur esthétique d'écran LCD à segments est devenue emblématique. Des mécaniques comme l'alternance entre deux positions et l'accélération progressive du rythme se retrouvent dans des émulations, des collections pour collectionneurs et des hommages modernes. Des détails précis comme les chiffres de ventes exacts ou les classements de chaque titre de la série ne sont souvent pas documentés de façon fiable, il vaut donc mieux s'en tenir à ce qui est vérifiable : il s'agissait d'un format précurseur et massivement apprécié.
Vermin est aujourd'hui plutôt une pièce de musée, mais reste étonnamment addictif. C'est une démonstration de la façon dont on peut tirer tension et défi réflexe de moyens absolument minimalistes.
Pourquoi y jouer : Pour une dégustation nostalgique de l'aube du jeu portable, et pour un pur divertissement réflexe, immédiatement compréhensible, dans sa forme la plus économe possible.
Jeu 15 sur 17 pour Nintendo Game & Watch