688 Attack Sub
Le silence. Juste le ronronnement de la salle des machines, le bip du sonar, et la conscience que l'ennemi est quelque part là-dehors, dans l'obscurité, à écouter tout aussi attentivement que vous. Voilà l'atmosphère que 688 Attack Sub a réussi à faire tenir dans une console seize bits, à une époque où la plupart des joueurs attendaient de la Mega Drive une avalanche de pixels et de l'action rapide, plutôt qu'un jeu patient de chat et de souris sous la surface.
Le jeu vous place au poste de commandement d'un sous-marin d'attaque américain de la classe Los Angeles (type 688, d'où le nom), puis, plus tard, de son adversaire soviétique. Le cœur du gameplay ne repose pas sur des explosions spectaculaires, mais sur le travail au sonar, la gestion de la profondeur et de la vitesse, et la tactique du silence. Naviguer trop vite génère du bruit, le bruit signifie être repéré, et être repéré signifie souvent une torpille pointée droit sur vous. Le joueur jongle entre l'écoute passive, le sonar actif et le timing de ses propres torpilles, afin qu'elles frappent avant que l'adversaire n'ait le temps d'effectuer une manœuvre d'évitement ou de lâcher des leurres.
Le titre est né comme une adaptation console du jeu PC du même nom, créé à l'origine par John W. Ratcliff et édité par Electronic Arts au tournant des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. La version Mega Drive était distribuée par Sega et comptait parmi ces rares titres qui prenaient le genre de la simulation au sérieux sur console, plutôt que de le simplifier à l'excès. Cette ambition même fait de ce jeu un document intéressant d'une époque où les éditeurs apprenaient encore ce que le public console pouvait supporter.
Ce qui distingue 688 Attack Sub, c'est son choix de privilégier la tension au spectacle. Les affrontements se déroulent sur des cartes et des panneaux d'instruments, où les mètres d'approche se comptent en minutes et où une seule erreur d'estimation de la position ennemie décide du sort de toute la mission. Cette lenteur est délibérée, et pour les amateurs de simulations sous-marines, c'est exactement ce qui rend le genre si addictif : il ne s'agit pas de réflexes, mais d'anticiper le raisonnement de l'adversaire.
Aujourd'hui, ce jeu est perçu davantage comme une curiosité et une preuve de l'étendue de la ludothèque Mega Drive que comme un succès de masse, mais c'est précisément là son charme. Il rappelle une époque où même une console d'action osait s'attaquer à une profondeur qu'on attendrait plutôt sur PC.
Pourquoi y jouer : Si l'idée d'un duel de sous-marins où patience et sang-froid l'emportent vous séduit, voici une pièce rare et honnête de simulation sur console.
Jeu 57 sur 151 pour SEGA Mega Drive